Ce que je viens d’entendre, en buvant mon café, me fait sourire et me facilite la tâche, car je ne savais trop de quelle façon commencer cette note, à laquelle je réfléchis depuis quelque temps. Et que j’ai besoin d’écrire, car il ne se passe guère de jours qui n’apportent de l’eau à ce moulin du dérisoire, qui m’est tout à la fois, étrange et familier. Je viens donc d’écouter à la radio la toute petite émission de Jean-Louis Foulquier, TTC, consacrée aujourd’hui à quelqu’un dont je n’ai pas entendu le nom, mais que je reconnais tout de suite au timbre de la voix, au ton, au phrasé : c’est Dimitri , « un écorché vif sauvé par l’humour », un chanteur belge que je suis allée écouter récemment en concert à T., concert réunissant bravement une quarantaine de personnes, dont la magnifique et très réjouie, Madame O4vents. (Allo O4vents ? Message spécial pour toi : aujourd’hui, il a chanté Stress où il est question de Temesta, et demain jeudi, il repasse, même heure, même émission.) Et alors ? vous entends-je me dire. N’est-ce pas extraordinaire ? vous réponds-je. Je vais même vous conter d’autres sornettes chères à mon coeur, d’autres clins d’oeil de cette vie que j’ai nommée sorcière. J’ai déjà évoqué un de ces petits clins d’oeil dans une note qui s’appelle « Miette ». Il m’est arrivé si souvent, la chose suivante : ouvrir un dictionnaire exactement à la page où se trouve le mot cherché. Il y a un jeu aussi, qui m’ennuie assez, c’est le Trivial Pursuit. J’y joue quelquefois avec des collègues, mais ça finit toujours par devenir drôle, toutes les fois où je trouve les réponses sans même les avoir réfléchies. La dernière fois, mes réponses fusaient, justes : « Moulinex », « Noirmoutier », « Le Caravage »
, jusqu’à ce que l’alcool me désensorcèle. (Finalement, j’ai perdu, si ça intéresse quelqu’un.) Avec certaines personnes, plutôt des femmes amies et ma fille aussi, je me sens reliée. Très souvent, quand l’une pense à l’autre, il y a dans la journée, mais souvent dans les minutes qui suivent la pensée, appel téléphonique, visite ou rencontre fortuite En ce moment, je lis malheureusement assez peu, parce que je passe des heures à rêvasser en attendant d’écrire et à attendre en rêvassant. Et à bidouiller sur le PC pour rien, rien de ce que j’essaie d’installer ne fonctionnant. Rien m’enrage. Alors, hier soir, un peu de lecture, quand-même. C’est ainsi que, lisant, j’ai découvert l’existence d’un restaurant dans lequel on peut déguster de fameux vins. Et manger dans le noir absolu... Ce restaurant est à Paris, comme toujours, et il est bien nommé : « Dans le noir ». (Un peu de pub ?: 51, rue Quincampoix, Paris-4e. Tél : 01-42-77-98-04, www.danslenoir.fr). Le personnel y est non-voyant. Tout se sent, se touche, se déplace et se déguste à tâtons. Alors, cet article ? Oui, c’est encore un écho, écho à une note récemment écrite. Ce n’est que cela, mais pour moi, c’est beaucoup. La nuit non choisie, c’est le lot perpétuel des aveugles. Le journaliste écrit d’ailleurs : « Pour ma part, je ne vois qu’une seule raison de se priver volontairement de la vue : vivre le temps d’un verre ou d’un repas le monde injuste des non-voyants ». Moi, j’y vois d’autres raisons pourtant, je recherche dans le noir une concentration qui peut apporter des sensations profondes, des fragments de réponses. Souvent, je joue à la nuit choisie, je fais de longues marches nocturnes, avec ou sans le chien, surtout quand ça ne tourne pas rond dans ma tête, je me déplace dans les habitations obscures en me lançant des défis. C’est pour cela que j’aime beaucoup cette saison-ci, les choses y prennent une intensité très saturnienne, je ne sais pas si on peut dire cela, c’est très troublant et apaisant aussi. Remarquez que ce n’est jamais vraiment le noir total. Un jour d’automne de cette année, alors que je repassais un de mes pantalons, je me fis la réflexion que ce pantalon-là, de par sa forme large et sa couleur (kaki !), c’était vraiment un pantalon d’aventurière de films des années 30-40 ans. Alors, devant la planche à repasser, je me mis à divaguer et à inventer une histoire, dans laquelle un tas de repassage m’aurait d’abord interpellée et où, pour finir, il y aurait eu une sorte d’expédition à la African Queen.. Ne manquaient que les péripéties du milieu. J’eus cette velléité passagère d’écrire je ne sais quoi, à partir de ce pantalon qui m’évoquait Katherine Hepburn, la vie sauvage et la forêt picale. Puis, cela passa, mais je repensai souvent à ce film, vu une seule fois, il y a bien longtemps, et qui me laissa un souvenir d’enchantement. J’ai cependant la certitude de n’avoir, de cela, parlé à personne. Avant de partir pour quelques jours et de me laisser à la vie ourse, J.-L. insista pour m’offrir mon cadeau de Noël. Je refusai d’abord, non vraiment, non, je préfère attendre Noël, tu sais... Et puis, je cédai devant ce tant de joie si rare en lui. Vous avez deviné, bravo ! Sous le papier cadeau, le DVD d’African Queen, qu'il me dit avoir acheté...par hasard. Je pourrais raconter aussi toutes les coïncidences inouïes qui jalonnèrent ma non-histoire avec O. Mais y a-t-il des mots pour dire la folie que fut ce truc-là ? Et puis, ce n’est pas de ce côté-là que j’ai envie de me déshabiller. Parlons plutôt de « Belle du Seigneur » et ensuite, vous n’entendrez plus parler de Bibi pendant quelque temps sur ce blog, car je vais habiter ce livre de mon coeur, ce monument délicieux, aussi longtemps qu’il le faudra, qu’il me plaira. Et je n’en suis qu’à la page 53... Je venais de finir de lire « Ecrire » de Marguerite Duras. C’est un curieux petit texte, où elle se raconte en train d’écrire, où elle raconte ce que c’est d’être écrivain et ce que l’écriture est pour elle. Où elle écrit aussi pendant cinq pages, sur la mort lente d’une mouche bleue, agonie observée et décrite minutieusement, puis reliée à toutes les morts injustes des enfants, des Juifs pendant la guerre. « Cette précision de l’heure à laquelle elle était morte faisait que la mouche avait eu des funérailles secrètes. Vingt ans après sa mort, la preuve en est faite ici, on parle d’elle encore » (p. 41). Dans ce texte grave, il est fait souvent référence à Robert Antelme ; alors, très gravement, très logiquement, j’entrepris de commencer « L’espèce humaine ». Mais, quand le soir arriva, je ne pus pas m’engager dans cette lecture. C’avait déjà été si étouffant, cette histoire de mouche moribonde. Que l’on veuille bien me pardonner. Parmi tous les livres en attente sous mon lit, j’attrapai « Belle du Seigneur » et l’ouvris au hasard. Ce fut page 357, et j’en ressentis un grand émoi. J’y vis une sorte de signe, encore un effet sorcier de la vie, un rappel d’une promesse que j’avais faite, puis hésité à tenir. Je me sentis absurdement encouragée à apaiser mes doutes, à aller vers un sens qui m’avait effrayée, à avoir confiance en cet homme-là que déjà je regrettais d'avoir fait souffrir. Et je me dis que, puisque, lui, mon compagnon de songes était parti, c’était peut-être là, dans ce livre, que je pourrais le retrouver, en attendant qu’il revienne. C’est ainsi que je passai de la mort d’une mouche, au recueil du crapaud blessé par la fantasque Ariane. Et que la tristesse s’en alla un peu de côté. Je souhaite qu'il en aille ainsi, pour lui aussi, où qu'il soit. Depuis, je n’arrête pas d’entendre parler de ce livre. Hier, à la radio, Yves Simon disait que c’est Albert Cohen qui lui a donné envie d’écrire. Dans un entretien que je viens de lire, Jean Rouaud écrit ceci : « Après Zola, pour que l’imaginaire puisse réinvestir le roman, il fallait passer par une hypertrophie de la langue comme chez Céline, Breton ou Albert Cohen qui renoue avec l’imaginaire romanesque par le biais d’une surenchère dans l’invention poétique ». Mais le plus étonnant, je l’ai trouvé depuis peu, chez Valérie Zénatti, dans ce dialogue entre elle-même et un vieux libraire juif, en Israël : « -Tu ne peux pas donner Le Procès de Kafka à quelqu’un qui est en pleine rupture amoureuse, il risquerait de ne pas s’en remettre. -Et vous conseilleriez quoi, à quelqu’un qui est en pleine rupture amoureuse ? je demande, vivement intéressée. Son regard est bienveillant : -Je lui dirais de pleurer d’abord toutes les larmes de son corps jusqu’à ce qu’il se sente aussi sec que la terre de ce pays. Puis d’ouvrir Belle du Seigneur d’Albert Cohen, un compatriote à toi. Mille pages d’amour et de décomposition d’amour, c’est radical. ». (Quand j’étais soldate. P. 242). A bientôt.
Fichier. Nouveau.
Du feu, du café, tout est prêt et
Là, tout ce blanc à remplir
Des émotions qu’on n’a jamais su
Endiguer, gérer, classer,
Domestiquer.
S’affairer, s’affairer toujours
C’est pour ne pas être
Être face à soi
Être en demeure
Intérieure
Etre en soi,
C’est craindre le domaine
Des rêves et des désirs
C’est repousser toujours
L’accompli,
La lettre promise,
Celle au joli timbre,
L’ouvrage d’amour
Si difficile
Fragile.
Ce qui a été dit
Sera-t-il ?
Si ténus soient les signes,
J'ai à coeur
Cet homme-là.
Où est-il ?
Où en est-il ?
Un vendredi soir de cafard rongeur, je réussis l'exploit futile
qui consistait à ne pas tomber dans des escaliers que j'avais
entrepris de descendre dans le noir, sans l'aide de la rampe
ou du tâtonnement des mains sur les murs.
Ephémère petite victoire sur les ténèbres, sur la tristesse del'attente déçue de cette journée-là. Sur mes éclats tranchants et mes désirs obscurs.Sur la fatigue aussi.Il me fallait je ne savais quoi, sans doute avoir du coeur pour cemoi-même vidé. D'abord combler et puis après, on verrait, ça passerait...
J'ai roulé la nuit sans pouvoir directement rentrer à la maison.Dans le magasin où je suis entrée, j'ai pensé à une chansonrécemment écoutée, "Le petit garçon" et je l'ai trouvée dans le
bac des CD de Reggiani. Mais, elle est trop triste, cette chanson.Alors, j'ai reposé le CD parmi les siens et un peu derrière, j'ai aperçu ceux des Rita Mitsouko, dont un que je ne connaissais pas :c'est le concert des Rita avec l'orchestre Lamoureux. Peut-être à cause du nom de l'orchestre, mais aussi des titres de
chansons annoncés, j'ai choisi ce disque, j'ai parié sur lui.
...............C'était gagné !C'a été (et c'est toujours !) un remède éblouissant, grand beau fracas de mots en folie, reprises de Trenet, Léo Ferré... amoureusement servies
par la voix,la gouaille de Catherine Ringer et la musique de l'orchestre
joyeux langoureux savoureux.
Parmi les morceaux que je préfére, il y a "Triton" (dont je ne suis pas
parvenue à trouver les paroles sur le net.), "Le velours des vierges"
que Gainsbourg avait écrit pour Jane Birkin et une musique de
Philip Glass jouée au piano (mais j'ai oublié le titre).Bien sûr, le CD est déjà prêté et il me manque !Deux jours après cet achat, un journaliste (sorcier ?) de France-Intera annoncé que l'Orchestre Lamoureux vit peut-être ses dernières heures.
C'est un orchestre symphonique, vieux de 130 ans (mais jeune de par
ses musiciens, dont la moyenne d'age est de 30 ans.), et financé par
des entreprises mécènes. Or, la Société Générale, principal mécène, va retirer ses billes...Dans la colonne, un lien vers le site de l'Orchestre.On peut y signer une pétition de soutien.Bienheureux les Parisiens ! De nouveaux concerts sont programmés.Et là, les paroles de "Le velours des vierges" :Paroles et musique : Serge Gainsbourg Toi qui rêves au velours des viergesAux satins innocentsCes jeunes sirènes émergentD’un océan de sang Regarde-les s’approcherComme légions d’amazonesVenues braver les cyclonesJeunes et brillants archersLeur arc et leurs yeux bandésS’aventurant dans des zonesInexplorées Toi qui rêves au velours des viergesAux satins innocentsCes jeunes sirènes émergentD’un océan de sang Vois-tu là-bas leurs chevauxCourir un vent de folieLa hargne de ces furiesLeur passant par les nasauxIls se jettent à l’assautSe ruant à l’agonieAu grand galop Toi qui rêves au velours des viergesAux satins innocentsCes jeunes sirènes émergentD’un océan de sang Cohortes en rangs serrésS’éloignent les filles d’ÈveÀ la lueur de ton glaiveVa-t’en compter les blessésLà-bas l’un s’est relevéEt te supplie dans ton rêveDe l’achever Toi qui rêves au velours des viergesAux satins innocentsTes romans-fleuves ont des bergesAux sables émouvants Force est de constater qu'il s'est bel et bien perdu, mon caddy, non mon chariot, je ne sais pas pourquoi, je me suis mise à dire caddy depuis quelque temps. Bon. Un seul moyen pour le retrouver : observer les victuailles que j'ai dans les bras afin de reconstituer mentalement la carte de l'itinéraire erratique que j'ai dû tracer dans l'hypermarché. Alors, oui, un pack de bières blanches, des sardines sans huile, un sachet d'endives. Prévoir le jambon, c'est bon les endives au jambon. Rayon fruits et légumes, bien sûr il est là.
Curieux tout de même, ce type en kaki, improbable, l'air de rien... Ce n'est pas ainsi que j'imagine les fétichistes. On l'aurait dit tout droit sorti du catalogue de la Manufacture de Saint-Etienne. Sauf que ce catalogue et la Manufacture qui va avec, n'existent plus. Dans le temps, je le feuilletais chez ma grand-mère de l'Est, celle qu'on appelait Mémère. Mais quel ennui ce catalogue... Moi, ce que j'aimais, c'étaient les "Nous Deux" de Mémère, elle me les laissait tous lire. Il y avait des romans-photos noir et blanc absolument palpitants et aussi des récits sans images, où des infirmières aimaient, forcément, des médecins en apparence très indifférents mais qui, petit à petit, se laissaient aller à des sentiments très nobles. Parfois, des jeunes femmes "tombaient" enceintes mais comme il y avait toujours une ellipse au sujet du comment, j'avais élaboré une théorie infantile selon laquelle les enfants vous arrivaient, comme une récompense, selon la force et le degré d'élévation de l'amour que vous vous portiez l'un l'autre. Ainsi, je ne croyais pas à toutes ces fariboles de bébés apportés par des cigognes, ou de papas plantant des petites graines. Je fus épouvantée quand, pendant mon année de sixième, des camarades, à qui je n'avais rien demandé, m'informèrent de la nature réelle de la chose en utilisant la langue des signes. Il faut dire que je n'avais jamais vu (ou pas voulu voir) d'animaux s'accoupler. Surtout pas à la télé, il n'y en avait que pour les cosmonautes débarquant sur la Lune. Quelle barbe...
Jambon tranché, pesé. Revenir rayon charcuterie préemballée, j'ai besoin de lardons industriels, miam. Tiens, il est encore là, le type des rouges à lèvres. Devant la grande panière d'osier et ses myriades de saucissons secs. Il écrit sur un carnet. Sa femme lui a sans doute demandé de relever tous les prix. Et s'il travaillait au service de l'enseigne, ou à la répression des Fraudes ? De toute façon, je m'en fous. A présent, on entend "Emmenez-moi au pays des merveilles, emmenez-moi au bout de la Terre...", ah le joli fond sonore semblant narguer le désarroi de l'amateur de saucissons. Je souris en fredonnant, tant et tant d'incongruités dans la vie, c'est ce qui en fait le charme...
Bien évidemment, une fois sortie, voiture égarée sur le parking. Classique, inutile de parler aussi de cela.
La nuit est tombée, sa noirceur m'est toujours aussi douce. C'est pleine Lune. Je roule doucement, tous phares éteints, j'ai fait exprès d'oublier un peu, juste une petite minute, j'aime bien comme ça.
Et soudain, je l'aperçois...
Il est planté, juste devant la grande affiche du Salon de l'Erotisme. Sa casquette et ses beaux cheveux blancs pendent de sa main (se les est-il arrachés ?). Me croirez-vous ? Il hurle à la Lune, tel un loup de Contes et Légendes du Massif Central.
Oui, je l'assure, je l'ai vu de mes yeux vu : il hulule, il hurle devant une blonde.
Mince. Avec ma casquette et mon imper et ma perruque blanche, je suis invisible, normalement. Mais je crois bien qu’elle m’a repéré. Elle me lorgne, l’air de rien.
Je vais faire l’hésitant pour voir. Comment on fait déjà ? Ah oui, on se balance d’un pied sur l’autre et on fouille dans le rayon champignons pour trouver des amanites phalloïdes. Non elle me regarde c’est sûr. Elle me scrute même. Mince. Je suis refait si ça continue.Bon il est trop loin le rayon champignons. Je vais me dandiner quand même. Je suis où ici ? Les rouges à lèvres ? C’est pas triste. Je vais pas faire celui qui farfouille non plus on va me prendre pour un désaxé. Vaut mieux que je touche à rien. Juste, je garde l’air pensif. Mince, à quoi je pourrais bien penser ? Vite. Heu, j’ai vu quoi tout à l’heure dans les rayons ? Des patins à roulettes ? Des pelles pour jardin ? Ben voilà. Tiens en plus, les patins et les pelles ça me rappelle la môme Lili, la fille du quincaillier et son arrière-boutique. Ca me rajeunit pas tout ça.
Elle regarde encore. Bon, je vais compter les tubes de rouge. Qu’est-ce que j’aimerais pas être une nana tout de même. Etre obligé de me tartiner ces bricoles sur la bouche pour qu’on m’embrasse. En plus ça doit coller aux gitanes sans filtre.
Bon elle fait quoi, elle regarde toujours ? Mince, elle regarde toujours. Il faut que je prenne l’air du mec qui veut faire un cadeau à sa femme et qui sait pas trop quoi. Mais moi je sais. Je lui aurais plutôt pris un string à ma femme, c’est ça que je préfère. Vivement samedi, tiens.
Mince de mince. Elle me scanne pour de bon là. Non, là, faut que je décanille. Je suis refait de chez refait. Et pis faut encore que je lui tape son rapport, au J-L.
Dernière moûture :
Rouge Baiser
Son imperméable est couleur kaki et sa casquette aussi. La casquette est sur sa tête. Et lui, mains dans les poches et jambes légèrement écartées, il oscille légèrement de gauche et de droite, de droite et de gauche. Mouvement presque imperceptible. C'est le roulis d'un navire en eaux calmes, comme la lente hésitation du cueilleur de champignons devant le chemin à prendre (Pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre ?). Et puis, les cheveux blancs. Absolu ce blanc. Ce n'est plus un jeune homme.
Tout m'intrigue en lui si banal. Pourquoi est-il ici ? Qu'est-il venu chercher ?
Il ne touche à rien. Il regarde, c'est tout. Il contemple longuement. Je crois qu'il est perdu. Dans des pensées, dans des rêves. Il rêve à des sirènes qui le feraient succomber. A des femmes de mauvais genre qui l'aguicheraient. A Lili Marlene. A la première aimée. Sa bouche au goût de fruit Et s’il regrettait, lui aussi ? Le trop peu de patins roulés, de pelles insensées
Ou alors, il aurait voulu être une femme, mais on ne lui a pas laissé le choix. Mais il aurait bien aimé quand-même parce que ça a l'air si chouette d'être une femme.
Allons ! Foin de ces langueurs !
La vérité est sans doute beaucoup plus prosaïque : il veut faire un cadeau à sa femme et au bout de quarante de mariage, il s'aperçoit qu'il ne sait toujours pas ce qu'elle aime....
Ou bien, il se perd toujours dans les hypermarchés, comme mon caddy, et il doit attendre son épouse, ici, rayon des rouges à lèvres, où elle lui a dit d'attendre. Pas bouger. J'en ai pour une minute, mon amour...
Dans la voiture, ce soir, en allant à la danse, j'écoute vaguement la radio. Un homme dit un poème, et ce poème s'achève sur ce vers :
"dans mon pays on remercie"
C'est René Char. Vraiment la vie est une sorcière.
Le grand coup au coeur, Juliette Gréco en concert. On a le droit de pleurer dans le noir. Cette grande Madame a l'audace d'annoncer qu'elle a toujours le sens de l'humour, et qu'elle n'a pas perdu ses boulons; donc, elle chantera "Déshabillez-moi". Folle drôlerie de cette femme, la grâce infinie de ses mains, elles dansent des oiseaux d'Orient au bout des longs bras noirs, et toujours cette voix si rien qu'à elle, inaltérée. Oui, elle est présence, oui, elle est vivante, chante, enchante et te boxe le coeur, direct sur la balafre, mais tu prends quand-même le grand beau cadeau qui t'est donné ce soir, à toi frêle dans la nuit qui bouscule et toujours pour toujours c'est pour toi mais c'est pas facile à dire, à partager, tu frémiras toujours de ce soir-là, de cette voix, de ces chants, de ces éclats. Merci la si Belle. Merci la vie quand tu es rouge noire lumière.
Son imperméable est couleur kaki et sa casquette aussi. La casquette est sur sa tête. Et lui, mains dans les poches et jambes légèrement écartées, il oscille légèrement de gauche et de droite, de droite et de gauche. Mouvement presque imperceptible. C'est le roulis d'un navire en eaux calmes, comme la lente hésitation du cueilleur de champignons devant le chemin à prendre (Pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre ?). Et puis, les cheveux blancs. Absolu ce blanc. Ce n'est plus un jeune homme.
Tout m'intrigue en lui si banal. Pourquoi est-il ici ? Qu'est-il venu chercher ?
Il ne touche à rien. Il regarde, c'est tout. Je crois qu'il est perdu. Dans des pensées, dans des rêves. Il rêve à des sirènes qui le feraient succomber. A des femmes de mauvais genre qui l'aguicheraient. A Lili Marlene. A la première aimée. Ou alors, il aurait aimé être une femme, mais on ne lui a pas laissé le choix. Mais il aurait bien aimé quand-même parce que ça a l'air si chouette d'être une femme.
Allons ! Foin de ces langueurs !
La vérité est sans doute beaucoup plus prosaïque : il veut faire un cadeau à sa femme et au bout de quarante de mariage, il s'aperçoit qu'il ne sait toujours pas ce qu'elle aime....
Ou bien, il se perd toujours dans les hypermarchés, comme mon caddy, et il doit attendre son épouse, au rayon des rouges à lèvres, où elle lui a dit d'attendre. Pas bouger. J'en ai pour une minute, mon amour...
Mardi 7 décembre, une autre version :
Rouge Baiser
Son imperméable est couleur kaki et sa casquette aussi. La casquette est sur sa tête. Et lui, mains dans les poches et jambes légèrement écartées, il oscille légèrement de gauche et de droite, de droite et de gauche. Mouvement presque imperceptible. C'est le roulis d'un navire en eaux calmes, comme la lente hésitation du cueilleur de champignons devant le chemin à prendre (Pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre ?). Et puis, les cheveux blancs. Absolu ce blanc. Ce n'est plus un jeune homme.
Tout m'intrigue en lui si banal. Pourquoi est-il ici ? Qu'est-il venu chercher ?
Il ne touche à rien. Il regarde, c'est tout. Il contemple longuement. Je crois qu'il est perdu. Dans des pensées, dans des rêves. Il rêve à des sirènes qui le feraient succomber. A des femmes de mauvais genre qui l'aguicheraient. A Lili Marlene. A la première aimée. Sa bouche au goût de fruit Et s’il regrettait ? Le trop peu de patins roulés, de pelles insensées
Ou alors, il aurait voulu être une femme, mais on ne lui a pas laissé le choix. Mais il aurait bien aimé quand-même parce que ça a l'air si chouette d'être une femme.
Allons ! Foin de ces langueurs !
La vérité est sans doute beaucoup plus prosaïque : il veut faire un cadeau à sa femme et au bout de quarante de mariage, il s'aperçoit qu'il ne sait toujours pas ce qu'elle aime....
Ou bien, il se perd toujours dans les hypermarchés, comme mon caddy, et il doit attendre son épouse, ici, rayon des rouges à lèvres, où elle lui a dit d'attendre. Pas bouger. J'en ai pour une minute, mon amour...
En ce moment, il y a ces grands panneaux au bord des routes :
SALON de l’EROTISME
Ca se tiendra à Bordeaux, je crois. Sur fond rose bonbon, une femme blonde occupe toute l’affiche. Cheveux lisses agités par un ventilateur, guêpière léopard, reins cambrés et poitrine bombée vers le conducteur, la dame est assise, bras tendus en arrière, comme une à la plage qui contemplerait la mer. Notez bien qu’elle n’est pas à quatre pattes : c’est quelqu’un qui, même dans la lascivité, sait se tenir. Des lanières noires serpentent autour des jambes qui sont belles. Et là, au beau milieu du ventre et du bas-ventre aussi, un gros macaron, couleur jaune prospectus, annonce : « Présence de Doc Gynéco ».
La poésie n’est parfois pas au rendez-vous.
Ca me fait penser que je dois y aller aussi.
Pas au salon, bien sûr que non.
Il faudrait Sean Connery jeune, juste son sourire, sur l’affiche, pour m’y attirer. Alors, pour cette vie-là, c’est raté.
Non.
Aller chez l’écarteur de jambes de femmes, le scrutateur du fin fond de ce que je veux ignorer. Enlever ma petite culotte, grimper sur l’étroite table malcommode tapissée de papier rêche Je vous épargne le reste, le spéculum, ses mains froides, les questions qu’il me posera
Déjà, je serre les jambes.
L’érotisme, côté femme, c’est cela aussi.
On n’en parle pas beaucoup.
Enfin, si.
Dans les Monologues du Vagin.
Ma mère m’y a emmenée. J’y suis allée, un peu contrainte. D’abord gênée, crispée, j’ai fini par sourire, rire et puis pleurer aussi.
C’était inattendu, souvent drôle, parfois douloureux : fragments de récits de viol, dénonciation de l’excision , mais le plus souvent émouvant, merveilleux lorsque des femmes parlent de leur plaisir de femme. Ah ! le joli tabou
Rectificatif de lundi 06/12 : J'ai revu l'affiche ce week-end. Constatation : le macaron n'est placé que sur le ventre de la sirène. (Encore un tour de mon imagination de tailleuse de croupières...)