Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante
avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
Serait-ce hors de la ville, à Robinson, dans un
jardin couvert de neige ? Où est-ce là tout près,
quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât ?
Ne soyons pas impatients de le savoir
puisque le jour n’est pas autrement précédé
par l’invisible oiseau. Mais faisons seulement
silence. Une voix monte, et comme un vent de mars
aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient
sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte ?
Nul ne le sait. Mais seul peut entendre le coeur
qui ne cherche ni la possession ni la victoire.
~ Philippe Jaccottet (L'ignorant. 1952-1956)
Matin d’hiver, de quelque chose qui s’achève et n’a pas d’odeur, l’air est pur, glacé, les arbres nus que rien n’agite plus, l’herbe des prés, la terre remuée se sont poudrés de blanc sur grand écran blanc, c’est heureux que personne n’ait songé, cette nuit, à rentrer les poteaux électriques, leurs lignes dessinent des partitions molles et belles que le brouillard fond, efface... Dans la campagne, nous roulons, l’enfant et moi, mais c’est elle, la route, qui se déroule, inouïe, nous offre ce film absolument givré, fait oublier le temps, les gestes, invite à se taire, juste écouter cette musique que toi et moi, nous écoutions aussi dans le brouillard - c’est la musique qui va avec le brouillard, avec les vapeurs lentes qui montent du canal. Je pense à des cartes de Noël, à des paysages d’estampes japonaises. Je pense aussi à Emile Verhaeren, ses poèmes qu’on récitait l’hiver à l’école, Verhaeven, un nom qui sonne froid et doux, de ce doux qu’on ne saurait confondre avec le tendre.
"Dimanche 29.
Soleil radieux, 20°.
Je ne sais par où commencer. Ma vie bascule.
Je n'ai pas consigné la journée, hier soir. Pas pu.
Merveilleux, angoissant, indicible.
A quoi sert un adjectif ?
Samedi matin, à huit heures moins dix, Valérie vient tambouriner à ma portière. Je me réveille, j'ouvre. Elle m'arrache de la Land-Rover pour m'entraîner jusqu'au bord de l'à-pic. Sous mes yeux, le désert fleurit. Des couleurs mauves, jaunes, rouges, bleues jaillissent à tour de rôle du sol pelé. Comme je la serre contre moi, transporté d'enthousiasme, elle me répond qu'elle n'y est pour rien : c'est un phénomène naturel. Rare, mais naturel. Comme l'amour. Les graines de l'Atlas peuvent attendre des années qu'une pluie suffisante leur permette d'éclore, et alors elles explosent à la vie, toutes ensemble, au premier rayon du soleil.
Je pose la tête sur son épaule. Elle passe un bras autour de ma taille. Instant de plénitude, absolu, certitude - je ferai des phrases plus tard. Les mots se refusent ; je redoute presque autant la banalité que le lyrisme. J'aimerais lui écrire et attendre une réponse, mais j'ai gâché trop d'instants dans ma vie. Alors je la tire par la main, et je cours jusqu'au petit lac près duquel on bivouaque, pour entrer dans l'eau avec elle, parmi les flamants roses affolés, l'enlacer dans nos vagues et nous laisser tomber. Elle crie " Non, pas ici, attention !", et elle répète un nom qui ne me dit rien, Bill quelque chose, un autre homme qu'elle aime ou qui s'est noyé ici, quelle importance * ? Plus rien n'existe que son corps dans nos éclaboussures. Le monde est à nous, désert à part Aziz qui fait chauffer le café, là-bas. Je la renverse dans la vase, je me déshabille comme si j'étais beau, elle soupire et, sur ce lit qui s'enfonce sous nous, elle s'offre à moi.
Description ultérieure : je suis encore sous le choc. J'ai été maladroit, brutal, je le sais, mais j'avais trop envie, trop besoin, et elle m'a laissé venir en elle avec fatalisme. Quand j'ai contasté que j'avais joui tout seul, je lui ai dit, contrit, d'une petite voix : "Achib Allah", comme au mendiant à qui l'on n'a rien pu donner. Elle a eu l'indulgence de sourire. Je t'aime. Tu m'as répondu : "Mais non." Tu verras bien quand j'en aurai fait un livre.
En t'aidant à te relever, je t'ai demandé, dans le doute (mais tant qu'à être ridicule autant paraître naïf), si j'étais le premier. Tu as répliqué, agressive, mais peut-être par pudeur ou par fierté : "Dans l'eau, oui !"
[...]
* En fait : bilharziose. Maladie de l'intestin causée par un trématode que les mollusques d'eau peuvent transmettre à l'homme. Elle me l'a expliqué ensuite."
~ Didier Van Cauwelaert ("Un aller simple")
- Poucette, qu’as-tu appris depuis que tu es partie ?
- A dire non.
- Et quoi encore ?
- A craindre la richesse et suivre mes pas.
- Et quoi encore ? -
- Que l’ami vrai a toutes les couleurs et toujours revient.
- Tu parles de moi ?
- Oui, je parle de toi.
L’oiseau de paradis rougit. Quand l’amoureux rougit, ce sont toutes les couleurs de l’arc-en-ciel réunies en une seule.
D. Picouly ( Poucette de Toulaba)
C'est encore à Papaya que je m'adresse.
Non pas que je veuille t'épouser. - je n'infligerai plus cela à personne.
Mais j'ai pensé comme ça, enfin, je me disais, voilà, comme je suis mère de footballeur et toi, mère de future "femme de footballeur", on pourrait imaginer que... mais ça reste entre nous, hein ?
... C'est que je n'en ai pas encore parlé au petit. Les filles, il trouve ça plutôt cloche. Mais on ne dit jamais fontaine...
Vois de ton côté avec Tête de Pioche...
A tout hasard, je vous envoie son portrait.

Il a les mêmes oreilles que moi.
Il est beau, non ?
... mon Radis, Radibougri, Rongnongnon...
ce n'est plus un bébé mais tout de même,
ce que je peux lui donner des surnoms idiots que je sais même pas où je vais les chercher...
mais ils doivent être les bons, puisqu'il répond quand je l'appelle Python, Maxi-poulet, Nouk-Nouk...
Cette photo, c'était début juillet, à Aqualand, Gujan-Mestras, où il a réussi à me traîner. Moi, ça n'allait pas fort, mais lui, il me ramène toujours à la vie. Pour lui, j'ai fait deux fois le toboggan de la mort (17 mètres de haut ! :-)), mais il ne m'a pas suivie : le vertige... c'était le monde à l'envers. J'étais plutôt contente, j'avais fait d'une pierre à mon cou deux coups : je l'avais épaté - il n'en revient toujours pas ! -et surmonter ma peur m'avait fait passer l'envie de pleurer.
Sinon, au foot, il est bon, gaucher du pied. Il joue devant, avec Luis et Dante, trio de choc. Je ne saurais précisément te décrire leurs actions. Quelquefois, je vais regarder une moitié de match. Mais pas souvent. Je m'asseois sur un ballon qui traîne au bord et j'essaie de suivre. Plus exactement, je me morigène intérieurement, je m'ordonne mollement d'essayer de suivre. Mais, ça va toujours trop vite ; soudain les papas applaudissent, ils sont très concentrés, heureux et j'aime - j'envie - leur bonheur. Je subodore qu'il y a eu un but. Mais personne ne peut le rembobiner pour moi.
C'est ma faute aussi, je n'avais qu'à suivre...
Je me disais que Tête de Pioche serait sans doute une spectatrice plus assidue, enthousiaste. Une supportrice délirante. (Elle joue, aussi ?)
Qu'elle et Ragondin regarderaient ensemble les matches à la téloche, en se partageant un paquet de Monster Munch, et qu'elle lui rappellerait, avec une douce fermeté ( faire gaffe ! il est scorpion), de ne pas oublier ses lunettes...
Qu'elle partagerait sa passion immodérée pour les kentrosaures, albertosaures et autres cephalaspis et anomalocaris.
Qu'elle aimerait rester couchée avec lui, des heures entières dans l'herbe, à observer fourmis, gendarmes et lézards. Patauger dans les trous d'eaux des rochers pour attrapper des bernard l'ermite et des crabes à chatouilles. Observer à la jumelle la petite colonie de tadornes qui a renoncé à migrer, pour s'installer à demeure dans les eaux de Pen Mané.
Qu'elle le suivrait volontiers dans notre tour de France des parcs animaliers,aquariums géants et muséums des bestioles immondes dans du formol en bocal.
Qu'elle saurait trouver la réponse quand il demande : " Théodoric le Goth, il pillait tout ? ". (Peut-être a-t-elle eu l'honneur, elle, de connaître cet individu ? )
J'espérais aussi qu'avec elle, il comprendrait du premier coup que 37 x 0,10 = 3,7 et non pas 3,07.
Et qu'il lui apprendrait à aimer les légumes, radis, artichauts, épinards, blettes à la béchamel, carottes à la Buggs Bunny.
Qu'il l'inviterait à créer des films d'animation avec la webcam, des péplums médiévaux dans lesquels des Playmobil à la démarche raide s'entretuent jusqu'à ce que mort s'ensuive, à coup de dagues, arbalètes, couleuvrines et fauconneaux, et que jamais, au grand jamais, une Princesse n'intervient pour arrêter le carnage. Mais Tête de Pioche, elle, aurait ce génie-là, tartiner de noble amour ces taïaut! taîaut !! de brutes guindées et primaires.
A ta fille, il dirait tous les pays qui bordent le Brésil. Il lui raconterait l'Argentine où il n'est jamais allé, mais dont il rêve.
Il lui lirait les Atlas des géographes d'Orbae de François Place, puis il aurait la flemme, et lui dirait de continuer toute seule.
Enfin, il voudrait écrire un livre avec elle, un livre de voyages et d'aventures imaginaires. Ca se passerait en Chine. Il ferait les dessins - il dessine bien - et Tête de Pioche écrirait l'histoire... et il boirait de son eau.
3 novembre 2006.
Je t'avais dit qu'il n'y a qu'ici que peuvent se voir ces choses que l'on ne verrait pas ailleurs. Pas même là, je crois. Alors, souviens-toi, une maman fait de la patinette dans la rue, son enfant va à pied, blond et solennel, il la suit, lisant à hauteur de nez, sans souci des passants à l'entour, un gladiateur chauve court, pieds nus, le long du Louvre, les mouettes se prennent pour des pigeons, c'est tout, mais c'est tout ce que j'aime et je ne veux pas oublier ça.
Après le sang du christ inca chez Angélina, après ton départ, j'ai marché au petit bonheur dans des rues jusqu'aux Halles. Mais avant que j'y vienne, mon attention a été attirée par une affichette, scotchée sur la vitrine d'une boutique :
Perdu éléphant
pas méchant - répond au nom de Jean-Jacques
J'aurais voulu que tu sois encore là et que nous le cherchions ensemble.
Plus tard, à la fin de l'expo Yves Klein, j'ai regardé un petit film sur le mariage du peintre avec Rotraut Uecker (elle avait une couronne bleue, découpée et peinte par lui, qui ne laissait rien au hasard, qui, de sa vie, de leur amour aussi, voulait faire un spectacle). C'est alors que j'ai compris pourquoi toutes ces photos noir et blanc de lui, à La Coupole : ils y eurent un cocktail après la cérémonie, en janvier 62. Cette petite anecdote m'a fait sourire, c'était un retour en boucle au commencement de notre balade de deux jours, un de ces petits signes du hasard, de la vie quand elle veut bien nous adresser un de ses clins d'oeil.
* *
*
"A présent, je me sens particulièrement enthousiasmé par le mauvais goût. J'ai la conviction intime qu'il existe là, dans l'essence même du mauvais goût, une force capable de créer des choses qui sont situées bien au-delà de ce qu'on appelle traditionnellement l'oeuvre d'art. Je veux jouer avec la sentimentalité humaine, avec sa "morbidité" froidement et férocement. Ce n'est que très récemment que je suis devenu une sorte de fossoyeur de l'art (assez curieusement, j'utilise en ce moment les termes mêmes de mes ennemis.) Quelques unes de mes oeuvres les plus récentes sont des cercueils et des tombes."
Yves Klein
Non, je ne me suis pas perdue dans le fameux IKB, mais ces paroles m'ont frappée, ainsi que le tableau (au milieu des trois sur ce lien) qu'elles accompagnent à l'expo : "Ci gît l'espace", peint peu de temps avant sa mort, comme une prémonition. Comme des questions sans réponse... Des portes que j'ai envie de pousser. Ma plus grande incapacité, tu sais, c'est peut-être bien de ne pouvoir rester à la surface des êtres. Je ne suis et ne serai jamais qu'une rongeuse.
C'est sûr, il vaut mieux que j'arrête la photo aérienne. Mais pourtant, si tu te couchais dans les pissenlits, tu pourrais vérifier qu'il est bien composé de trois étages, comme je te disais. Enfin, là, maintenant, c'est trop tard, on l'a mangé.
Mais tu peux essayer de vous en faire un, non ?
Voilà : fais fondre 100 g de chocolat pâtissier avec un peu d'eau, ajoute 50 g de beurre (salé, c'est meilleur) en dés, mélange bien. Séparation des blancs et des jaunes (5 oeufs). Bats les jaunes au fouet avec 150 g de sucre. Ajoute le chocolat + beurre, 20 g de farine et 20 g de maïzena (de la cannelle aussi, si tu aimes). Mélange bien et ajoute les blancs battus en neige ferme, mais sois très douce. Verse dans un moule beurré et fariné. Cuisson : 40 minutes à four moyen suffisent ; ainsi, il gardera le coeur fondant. Tu peux le fiancer à une crème anglaise : un couple très heureux !
Si tu veux faire des étages, double les proportions et utilise trois moules de tailles décroissantes.
Une fête avec des gens et deux amies.
Je ne sais plus comment c'est venu - je me souviens que je suis calme, assise à cette table joliment dressée par notre hôtesse jolie- pendant ce qui se prétend être une conversation : je dis que souvent, je n'ai pas envie, je ne fais pas l'effort de participer aux échanges d'opinions autour de sujets que je ne connais pas ou qui ne m'intéressent pas, tels que la chasse ou la corrida. Funeste erreur. L'imbibé d'en face entonne le vibrant refrain cynégétique comme quoi si y avait pas les chasseurs, hein ! les forêts ? Qui c'est qui les entretiendrait ? Z'y avez pensé à ça ? Et ainsi de suite... les propos hors de propos s'enchaînent à tort et à taverne, les rires fusent... J'aurais mieux fait de parler des toilettes sèches, ça au moins, j'ai testé ; j'aurais pu parler des lombrics en charge de l'élimination des grosses déjections, oui, j'aurais pu faire ma maligne ; j'aurais pu essayer de briller en société comme quand je mets tout plein de points virgules dans une phrase ; j'aurais pu prouver des trucs ou encore mieux : passer de la brillantine sur ces messieurs tellement si délicieusement couillus et drôles avec ça. Je crois que je n'ai pas terriblement envie d'être là mais... ah, il faut boire aussi... Il faudrait boire plus, être en phase. Le type à ma gauche est moche, désespérément moche, ça fait trois fois que je lui réponds, tout en prenant bien soin de ne pas le regarder et en faisant semblant de ne pas remarquer que lui n'arrête pas de me regarder, que non, vraiment, je ne reprendrai pas de tarte aux fruits de mer. T'as qu'à te la bouffer. Celui de droite fait celui qui s'intéresse, me demande ce que je fais dans la vie, je dis enseignante, j'au rais dû m'en dou ter qu'il marmouille, il a cette façon qu'ont les pochetrons de dégueuler les mots, ce ne sont plus des mots, ce n'est rien qu'une pâte de sons inarticulés et toi, tu essaies de comprendre, et brutalement tu éprouves cette pitié sale qui n'est pas de la compassion, tu as envie de lui tendre un crachoir, et les autres poisseux de s'esclaffer, ah ah, enseignante, la prochaine fois, je dirai que je suis femme de ménage ou mère au foyer, c'est aussi peu tendance mais ça fera moins suce-pet, est-ce que je ris, moi, des courtiers en assurances, des bistrotiers ou des proctologues ? Personne n'écoute personne. C'est à qui parlera le plus fort, à qui érigera sa mâle expérience personnelle en vérité générale et sublime. De temps en temps, l'un empoigne une bribe de ce que vient de dire l'autre et embraye de plus belle et je ne sais pas, j'ai dû répondre à côté ou ne pas rire quand il le fallait, en particulier aux plaisanteries sexuelles spécialement tordantes. Monsieur l'Imbibé finit par me dire Tu joues à la con, c'est ça ?
C'est que je n'écoute plus, je suis déjà loin. C'est comme ça quand vous êtes quelqu'un qui ne sait pas s'amuser. Quelqu'un qui ne sait pas vivre l'instant présent. Instant présent, mon cul ! Jouissance obligatoire au fin fond de l'ennui, mouais.
Heureusement, un instant, il y a les copines, les copines autour du feu, le feu dans la cheminée, les petites loupiotes douces tout autour d'elles, et il est bon et il est temps de quitter le ring pour les rejoindre, écouter leurs confidences chuchotées, les amoureuses... hé ! les filles, vous savez quoi ? je lis un livre que j'avais perdu et que j'ai retrouvé... Un livre qu'il m'avait conseillé... Ca m'énervait qu'il sache ce qui est bon pour moi. C'est pour ça. Que le livre s'est perdu. Peut-être qu'il pensait que je ne sais pas m'amuser ? Bon... Si la Cerise du livre est blonde et jeune et belle et bonne jardinière, je suis quand même bien surprise - et contente - de partager avec elle quelques points communs : cracher le plus loin possible les noyaux de cerise et d'olives, j'adore ça, il y a autour de la table quelques spécimens masculins qui feraient de chouettes cibles. Elle aime marcher, Cerise, marcher en sandales et faire le marché. Elle met les haricots verts en bocaux ; bientôt, je m'attaquerai à la confiture de framboises. Elle ne s'en laisse pas facilement conter. Elle ne fait pas de chichis. S'ennuie avec son mari, s'est mariée parce qu'elle était enceinte. Pas séductrice, pas toujours tendre avec le séducteur. Elle n'aime pas les "parties". Ce soir, comme elle, je ne sais pas et je n'essaie pas de franchir les frontières qui me séparent de tous ces "Engliches". Même que, si on doit vraiment tous aller au paradis, je préfère encore rôtir en enfer. Qui m'aime vraiment me suive. Etait-ce cela ou bien autre chose qu'il souhaitait que je découvre, lorsqu'il me disait Ce livre te fera du bien ? Mais je n'ai pas encore fini de le lire...
Fatiguée, les filles, je m'en vais. Et le dessert ? Non, merci, je me sauve, je m'endors... Bises. Le pochetron se la joue magique, il danse avec la jolie hôtesse, il quitte un instant ses bras pour me saisir le menton et glisser deux bécots le plus près possible de mes lèvres. Dehors, vite. Je pue la clope froide et la friture.
A ce moment-là, j'aimerais bien sentir de la bouse de vache, me rouler dedans.
- Scarabée, comme il fait sombre ici.
- Avançons.
- Et s’il faisait plus sombre, là-bas ?
- Avançons, et nous verrons.
- Ne devrions-nous pas retourner sur nos pas ?
- Nos pas savent d’où ils viennent et ne veulent pas y retourner.
- Tu as raison, Scarabée. Avançons. C’est parfois dans l’obscurité qu’on trouve la raison, parole de luciole.
(Poucette de Toulaba - D. Picouly, d'après Andersen)
